révéler le vivant

Manifeste artistique


Parce que le vivant mérite qu’on s’y attarde.

Je désire intensément la liberté du lien simple et essentiel, un regard, quelques mots, une intention sincère… la liberté de notre lien intime et puissant avec la terre, avec ce qui respire, avec ce qui ne demande rien d’autre que de la présence. Parce que c’est là que tout commence. Quand je ralentis, quand je suis posée, ancrée, calme, à l’écoute de mon corps et du vivant qui m’entoure. Alors quelque chose apparaît.

Je suis sensible à ce qui ne se voit pas. Oui, le monde est habité par beaucoup plus que ce que nos yeux peuvent voir. Présences silencieuses, énergies particulières, puissantes, équilibrantes, autant de réalités qui nous relient à quelque chose de plus vaste que nous.

C’est cet espace que j’explore. Espace dans lequel se trouvent ce qui ne se laisse pas saisir : une émotion, une vibration, une mémoire, une intuition, une énergie… Une force qui traverse un lieu ou un être sans pouvoir être enfermée dans des mots.

Au fil de mon exploration, j’aspire à révéler ce qui habite le monde. Je m’intéresse à ce qui est ressenti avant d’être compris, à ce qui relie l’humain au vivant.

Dans certaines œuvres, ces présences prennent la forme d’un animal, d’un gardien, d’un être symbolique, dans d’autres, elles deviennent mouvement, énergie, couleur, matière. Elles sont de toutes façons, les manifestations d’une même recherche : rendre perceptible ce qui demeure habituellement invisible.

Chaque création naît d’une rencontre. Rencontre avec un territoire, un paysage, une histoire, une personne, une mémoire collective, ou parfois simplement une sensation, une émotion difficile à décrire. Je cherche alors à écouter, observer, sentir, et je laisse émerger ce qui demande à être révélé.

Mes œuvres ne sont pas des objets décoratifs. Je les vois comme des passages, des invitations à ralentir, à regarder autrement, à retrouver une relation sensible avec le vivant, à renouer avec une part oubliée de nous-mêmes.

Je rêve d’un monde où l’art contribue à réenchanter notre lien à la Terre. Un monde où les œuvres dialoguent avec les lieux et les gens. Un monde où la création devient une manière d’habiter plus profondément le présent.

Parce que je constate que nous perdons chaque jour un peu plus de notre essence. Pensée éteinte. Tout est simplifié, aplati, dénué de charme, de couleurs, d’aspérités. Perte insensée de profondeur, de nuances. Réduction de l’intime, du secret, de l’espace intérieur. Nos propres données deviennent des couleurs qu’on n’a pas choisies, appliquées sur des surfaces qui ne sont pas les nôtres.

Cadres étouffants, cadres de pensée, cadres moralisateurs, cadres médiatiques… Ceux qu’on m’impose, ceux qu’on ne questionne plus, ceux qui prétendent contenir le réel alors qu’ils l’étouffent.

Je veux du temps pour penser. Pour sentir. Le droit de douter. Le droit de me tromper sans être clouée au pilori. Pourrions-nous simplement prendre le temps d’être à l’écoute de nos sens, vraiment ? Avec un peu d’intelligence. Avec beaucoup de présence.

Alors j’explore, j’explore et je peins.

Je peins sur les cadres pour les faire disparaître. Je peins dessus, contre, à travers pour que ça déborde, que ça respire. Pour que ce soit vivant ! Je vis intensément la liberté de mes gestes. Je veux de l’imperfection, des erreurs, de l’aspérité, des couleurs improbables. Je veux de la folie et de l’intensité. Je veux du mouvement et de la vie. Et si je rencontre des cadres, alors autant en faire une surface à peindre.

Je ne cherche pas à imposer une vision. Je cherche à créer les conditions d’une rencontre.

Je suis Sofi.

Artiste du vivant.

Je vais à la rencontre des présences invisibles qui habitent les êtres, les lieux et les paysages.

Et je consacre mon travail à leur donner une forme sensible afin que chacun puisse, l’espace d’un instant, se souvenir qu’il fait partie d’un monde infiniment vivant.